Les plantes invasives (2). La Renouée du Japon, Renoutria japonica

La Renouée du Japon, Renoutria japonica

La Renouée du Japon, Renoutria japonica

Au fil de l’histoire, de nombreuses plantes exotiques rapportées de lointains pays ont été introduites parce que rares et inconnues. Peu à peu certaines d’entre elles se sont disséminées dans la nature jusqu’à envahir parfois certains paysages.

Comme la Balsamine de l’Himalaya, la Renouée du Japon, Renoutria japonica nous vient d’Asie. C’est l’une des espèces les plus productives en biomasse de la flore tempérée. C’est aussi l’une des plantes les plus envahissantes de notre continent. Considérée comme une plante très décorative, elle a longtemps été introduite dans beaucoup de jardins et vendue par des jardineries. Dépourvue de prédateurs locaux et de compétiteurs, elle s’est avérée très vite envahissante et, par voie de conséquence, tout à fait défavorable à la biodiversité.

Description

La Renouée du Japon est une plante herbacée qui peut atteindre 3 ou 4 mètres de hauteur. Elle est dotée de tiges flexueuses – c’est-à-dire courbées plusieurs fois dans leur longueur-, tâchées de rouge. Cette grande plante vigoureuse possède des tiges creuses, semblables à des cannes de bambou. Sa croissance peut être de 1 à 8 cm par jour, elle peut donc atteindre sa hauteur maximale de 4 mètres en deux mois, au printemps.

Renouée du Japon, Renoutria japonica

Renouée du Japon, Renoutria japonica

Ses feuilles arrondies se terminent en pointe et peuvent atteindre 15 cm de long. Elles sont alternes.
Rameau de Renouée du Japon

Feuille de Renouée du Japon        Renouee du Japon.feuille_dessous

 

 

 

 

 

 

Son système racinaire est très développé puisqu’ il atteint une longueur de…15 à 20 mètres ! Il forme un réseau dense horizontal assez profond (jusqu’à 3 mètres de profondeur !).

La floraison a lieu d’août à octobre et les petites fleurs se développent en jolies grappes blanches.

Pollinisées par les insectes, les fleurs fournissent une source intéressante de nectar à une époque de l’année où les fleurs se font très rares. C’est donc une plante mellifère intéressante pour les apiculteurs car elle fleurit à la fin de l’été, à une époque où peu de fleurs subsistent.

 Pollinisation

Pollinisation

En Ariège, les graines sont peu fertiles et la reproduction se fait surtout par multiplication végétative par l’intermédiaire de longs rhizomes, de fragments de rhizomes dispersés ou de boutures de tiges.

Les fruits, de 4 mm de long, sont des fruits secs, marron et brillants
La renouée du Japon affectionne les zones alluviales et les rives des cours d’eau où l’humidité et la richesse nutritive du substrat lui permettent d’avoir une croissance optimale

Elle peut former de larges fourrés denses. On la trouve aussi sur le bord des routes, aux alentours des jardins, sur les terrains abandonnés.
L’envahissement d’un terrain par la renouée du Japon et ses hybrides est un indicateur de pollution des sols en métaux, surtout en aluminium, elle signale que cette pollution a peut-être eu lieu ou est en cours. Par conséquent la plante en elle-même est moins inquiétante pour la pérennité des écosystèmes locaux que la pollution qu’elle indique, dans la mesure où il est question d’une dégradation possiblement irréversible des sols.

Usages alimentaires au Japon et en Chine

24.renouee_tartare_poissonsEn Asie, les jeunes pousses sont consommées crues ou cuites.
Au printemps, ces jeunes pousses semblables à celles du bambou sont cueillies avant que la tige et les feuilles ne se séparent. On enlève l’écorce et on les mange crues. Les enfants les ramassent sur les bords des chemins et les mâchent en marchant. Cependant leur consommation en trop grande quantité à l’état naturel peut avoir des effets néfastes sur la santé.
Un usage plus approprié consiste à les faire bouillir puis à les passer à l’eau froide : les jeunes pousses perdent ainsi leur âpreté mais aussi leur saveur agréablement acidulée.
L’hiver quand les tiges commencent à dépérir, on arrache les rhizomes et on les met à sécher. On les appelle kojôkon (虎杖, racine de canne de tigre).

Renouée du JaponUsage pharmaceutique

Les tiges servent dans la pharmacopée traditionnelle
Le rhizome séché et les jeunes feuilles de cette renouée (appelée 虎杖 huzhang en chinois) sont utilisés comme matière médicale en Chine.
Ils sont inscrits à la pharmacopée chinoise (1999). Le rhizome est utilisé comme analgésique, antipyrétique, diurétique, expectorant, dans le traitement de la bronchite chronique, l’hépatite, la diarrhée, le cancer, l’hypertension, l’athérosclérose, la leucorrhée, ou pour soigner une morsure de serpent
Il n’est pas prudent de consommer des renouées récoltées en Europe, car la majorité des massifs s’est développée sur des sols artificiels. La probabilité que ces sols soient pollués et que la végétation qui se développe dessus soit impropre à la consommation humaine, est donc très importante : il faut être « sûr » de la station où s’effectue la cueillette.
D’un développement très rapide, la progression de la Renouée du Japon se fait au détriment de la flore locale, comme l’Angélique des estuaires par exemple (Angelica heterocarpa Lloyd) , endémique de quelques estuaires-, mais aussi de la diversité en vertébrés et invertébrés (leur abondance totale est diminuée en moyenne d’environ 40 % sur les cours d’eau inventoriés, avec un nombre de groupes d’invertébrés diminué de 20 à 30 %).
Ceci explique que, comme d’autres plantes invasives, la Renouée fasse reculer les populations d’amphibiens, de reptiles et d’oiseaux ainsi que de nombreux petits mammifères des habitats ripicoles, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie.

Mise en garde : Que faire si la Renouée du Japon envahit un terrain ?

Eradication de la Renouée du Japon

Eradication de la Renouée du Japon

Parceque la renouée du Japon pose problème, parce qu’elle risque d’envahir tout le terrain, puis des terrains limitrophes :

– Parceque sa croissance est très précoce et très rapide et qu’elle concurrence la végétation en place et que ses rhizomes sécrètent des substance toxiques pour les autres plantes

– Parce que sa puissance de dissémination est inouïe, son rhizome ayant des capacités de résistance énorme – un fragment gros comme une bille pouvant reconstituer un massif, même après 10 ans de latence !- et parcequ’elle se bouture très facilement à partir de petits fragments de tige

Parcequ’aucune technique d’éradication définitive de la Renouée du Japon n’existe et que l’usage des produits chimiques phytosanitaires se sont révélés insuffisants pour la détruire et que, par ailleurs, pour limiter la pollution des cours d’eaux, il est vivement déconseillé d’utiliser l’usage de produits pesticides contre la renouée du Japon il faut :

1 – INFORMER

– Sensibiliser sur le caractère invasif de la plante et sur les mauvais gestes à proscrire

2- REPERER

Identifier les massifs en place pour adapter vos pratiques et suivre les évolutions

3- ADAPTER LES PRATIQUES

– Ne pas disséminer la plante : proscrire tout gyrobroyage sur les massifs de renouée du Japon (projection alentour), faucher les massifs de renouée du Japon de manière spécifique. Nettoyer le matériel avant de faucher des zones non infectées, éliminer toujours les déchets de renouée du Japon (feuilles, tiges, rhizomes) en sac étanche. Eliminer en ordure ménagère (incinération)
– Pas de compostage, pas de tas, ne jamais réutiliser les terres situées à proximité des massifs de Renouées d’Asie.

4- AFFAIBLIR OU CONTENIR LES MASSIFS EXISTANTS

– Eviter l’extension de la plante : faucher régulièrement les tiges à 1 m de hauteur afin d’épuiser le rhizome. Respecter les précautions d’élimination pour éviter sa dissémination par les fragments de tige ou rhizome, toujours traiter une zone complète,
– Mettre en place une végétation concurrente. Quelques suggestions :

– Planter autour et dans le massif fauché des plantes arbustives à développement précoce et rapide – saule, sureau, noisetier– à 4 pieds/m²,

– Pailler avec des déchets de tonte frais de plantes sauvages à développement rapide (clématites, ortie, etc.),

– Mettre en place des plantes rampantes à fort pouvoir couvrant.

5- PRESERVER LES ZONES EPARGNEES PAR L’INVASION

– Conserver des conditions favorables au maintien d’une végétation locale
– Conserver les berges inondables, éviter les remblais, digues et drainages
– Maintenir au maximum une végétation locale dense et diversifiée
– Ne pas utiliser sur ces zones des engins ou matériels non nettoyés et venant d’être utilisés sur des secteurs à renouée du Japon.

Renouee du Japon

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