Pastoralisme. Portraits croisés de bergers

Ayens. Brebis à l'estive

Ayens. Brebis à l’estive

Les estives
Dans les Pyrénées, les estives sont des  pâturages d’altitude. Elles sont constituées de prairies naturelles permanentes. On parle d’estive lorsque la surface du pâturage est d’un seul tenant et supérieure à 10 hectares.
L’utilisation collective des surfaces d’estives est l’une des caractéristiques essentielles du pastoralisme pyrénéen ; 80% des estives d’altitudes sont gérées de façon collective par différentes formes de structures.
Des outils législatifs pour la gestion des territoires pastoraux ont été instaurés par la loi de 1972 dite « loi de revalorisation pastorale ».
Pour l’organisation collective des propriétaires de foncier pastoral, l’outil mis en place est l’association foncière pastorale (AFP), elle regroupe les propriétaires d’un territoire dans le but de mettre en place un projet d’exploitation collectif ; Pour organiser les utilisateurs de ces espaces pastoraux : les groupements pastoraux (GP) regroupent les éleveurs utilisateurs d’un espace pastoral mettant en cohérence leur exploitation de cet espace.


Les conventions pluriannuelles de pâturage (CPP) font le lien entre propriétaires et éleveurs-utilisateurs.
Les unités d’estive sont qualifiées d’ « unités pastorales » (UP). On en compte près de 1290 (dont environ 800 estives) sur l’ensemble du massif des Pyrénées.
La gestion de ces unités pastorales est faite par différents  acteurs que l’on nomme gestionnaires d’estive. Le gestionnaire d’estive peut être :

•    le propriétaire : la commune dans le cas de terrains communaux; une commission syndicale lorsque les terres d’estive sont indivises entre communes (c’est un cas qu’on retrouve beaucoup à l’ouest du massif), ou bien un collectif de propriétaires privés et publics (les communes) réunit sous la structure d’Association Foncière pastorale.
•    l’utilisateur : (dans le cas où le propriétaire lui délègue la gestion) le groupement pastoral, collectif d’éleveurs utilisateurs de l’espace pastoral.

0berger ariegeois

 

 

 

 

 

La gestion de l’estive est une notion qui regroupe de nombreuses  missions comme la gestion du choix des troupeaux à monter en estive, les déclarations de surfaces (PAC) et la contractualisation à des aides de territoire (MAE,…), la gestion du gardiennage et des équipements, la gestion de la ressource pastorale…
Le gestionnaire d’estive est l’organisme qui prend les décisions sur la gestion pastorale.
La notion de gestion de l’estive peut parfois paraître floue. En effet, les acteurs du territoire peuvent se partager les missions de gestion de façon très diversifiées ce qui est encore là une spécificité des Pyrénées. On peut donc parfois voir apparaître des gestionnaires secondaires d’une estive lorsqu’une partie seulement de la gestion leur est déléguée.
Le groupement pastoral est un ensemble d’éleveurs qui s’associent pour utiliser et gérer ensemble des pâturages collectifs, en assurer l’entretien et le gardiennage.
En montagne, les bergers gèrent la ressource fourragère en déplaçant le cheptel tout au long de l’année.
•    D’octobre à juin, les troupeaux séjournent au point le plus bas de l’exploitation.
•    Au printemps, les bêtes sont conduites dans les zones intermédiaires de moyenne montagne, de 1000 à 1 500 m.
•    En été, les troupeaux montent aux estives, au-delà de 1 500 m d’altitude, pour regagner la moyenne montagne à l’automne et retourner à l’exploitation pour l’hiver.
Chaque été, vaches, brebis et chevaux montent donc par milliers dans les estives des Pyrénées (transhumance). C’est alors aux vachers et aux bergers que sont confiés le gardiennage des troupeaux et les soins à apporter aux bêtes.


Portraits croisés de bergers

Contrairement aux idées reçues, tous les bergers ne se ressemblent pas, la preuve en est les deux portraits qui suivent : deux personnalités, deux approches différentes d’un même métier. Si chacun des deux hommes peut se targuer d’être un berger confirmé, s’ils partagent sans doute aucun un même amour de la montagne et du métier exercé, leur posture diffère profondément. C’est par le biais d’interviews données à la presse que  nous pouvons aujourd’hui en témoigner.
L’un exerce sur les estives de Pouilh, côté Port de Salau, tandis que l’autre, aujourd’hui retraité, a exercé plus de trente ans à Soulas, sur des estives situées par delà les Col de la Core et du Soularil.
Jean BENAZET , berger à Pouilh

Panorama Pouilh 2012

Panorama Pouilh 2012

Interviewé par un correspondant de La Dépêche le 22 mai 2012, Jean Benazet  se laissait aller à quelques confidences sur sa vie de berger.
Fils d’éleveurs,  il obtient un CAP de menuisier charpentier avant de mener cette vie de berger qu’il espérait.  Il fait ses armes dans les montagnes d’Ustou, et restera trois ans à la Serre de Cot pour partir ensuite dans le Castillonais, à la Barlonguère.
Sa rencontre avec Gilbert Gilles sera  riche d’enseignements. Vient alors le temps des premières estives à Leziou où il prend en charge queques 600 brebis.
Aujourd’hui Jean Benazet, a 25 ans d’ancienneté en tant que berger, il a la charge de près de 2000 brebis en estive.
Quatre chiens border-collets l’assistent dans son travail de surveillance et de localisation du troupeau.
Levé aux aurores, vers 4h30 du matin, le berger – sauf exception-, se couche vers 23h.


Il avoue que parfois la solitude lui pèse ! Heureusement, la visite de stagiaires en formation et, aux beaux jours, celle des amis qui vont jusqu’à lui prêter main forte parfois, rompent cette solitude !
C’est ainsi que Claude Augé a fait sa connaissance et qu’il s’attache depuis, par le biais de photographies, à magnifier le cadre somptueux dans lequel Jean Bénazet exerce son métier de berger.
Mais il ne faudrait pas pour autant en oublier la dureté et l’âpreté du travail ! Les problèmes se sont accumulés cette année pour le berger de Pouilh !

 

Pouilh. la cabane détruite par l'avalanche

Pouilh. la cabane détruite par l’avalanche.2013

Après que sa cabane ait été détruite par une avalanche et comme si cela ne suffisait pas, son troupeau a été récemment victime d’un dérochement. L’occasion de réveiller des peurs et des haines ancestrales entre pro et anti ours !
Le 12 septembre 2013, la Gazette ariégeoise titrait :
Dérochement d’un troupeau sur l’estive de Pouilh : bataille de communiqués entre pro et anti ours
… Plus d’un mois après la battue d’effarouchement non officielle organisée dans le Castillonnais, l’ADDIP (anti-ours) assurait que “des suites vont être données à ce qui devient de plus en plus insupportable sur les estives couseranaises, aucune n’est à l’abri malgré la présence permanente de patous et de bergers. Aucune profession n’accepterait ces conditions de vie et de travail, ni de voir son outil de travail et le produit de ce travail ainsi saccagés”.
Il semble qu’une ourse suitée (avec ses oursons) ait été présente dans le secteur. Mercredi 11 septembre, les agents de l’office national de la chasse et de la faune sauvage ont donc rallié l’estive plongée dans le brouillard… accompagnés de nombreux éleveurs et bergers couseranais venus manifester leur solidarité à leur collègue touché par le dérochement.
« Les groupements pastoraux (GP) de la petite zone du Couserans ariégeois où l’ours frappe en continu, étaient venus soutenir leurs collègues de Pouilh et faire entendre la colère générale, explique Bruno Besche-Commenge. Patous, pas patous, cela ne change strictement rien sur ces estives. ..
…Le berger en question avait été pointé du doigt par l’association pro-ours Ferus, qui estimait – dès l’événement connu – que « le berger, certes ancien dans la profession, est surtout connu pour être totalement opposé aux mesures de protection des troupeaux. Les brebis sont donc extrêmement vulnérables et exposées aux nombreux risques liés au milieu montagnard« .
Sous tension, les constatations elles-même n’ont pas encore livré leurs conclusions officielles.
Ferus (association pro ours) estime néanmoins que « l’Aspap-Addip a été incapable de présenter aux agents de l’ONCFS le moindre élément accréditant la responsabilité de l’ours (…) Nos interrogations étaient donc fondées et leur communication n’est une nouvelle fois qu’un tissu de mensonges : ni agneaux lacérés, ni ourse accompagnée d’oursons, les agents n’ont relevé aucun indice de prédation ou de consommation par un ours. Ces brebis situées dans une zone à risques ont chuté pour une cause indéterminée, comme cela arrive malheureusement, et l’Addip-Aspap cherche à tout prix à les faire passer « sur le dos de l’ours » car c’est la seule cause de mortalité qui soit indemnisée. Toute cette opération est une manipulation montée de toutes pièces pour faire pression sur l’Etat, obtenir l’indemnisation des brebis mortes, et dissuader le gouvernement de prendre quelque initiative que ce soit pour la conservation de l’ours dans les Pyrénées« …
Quoiqu’il en soit cet incident révèle si besoin en était les risques,  la responsabilité et la dureté du métier de berger qui travaille au quotidien en milieu hostile.
Francis Chevillon, berger à Soulas

Francis Chevillon, berger

Francis Chevillon, berger

Personnalité contestataire et contestée (l’un des rares bergers à avoir osé parler de l’ours avec sérénité et à affirmer haut et clair les bienfaits de la biodiversité), Francis Chevillon a exercé plus de 30 ans sur les estives de Soulas.
Son amour du métier et sa parfaite connaissance de la montagne et des espèces qui y vivent forcent l’admiration et le respect, y compris de ces autres connaisseurs de la montagne que sont les agents et techniciens ONF.
La culture et la réflexion de Francis Chevillon méritent en effet le détour.
Voici ce que répondait Francis Chevillon en juillet 2000, à la personne qui l’interrogeait pour La Buvette des alpages :
Berger et pro ours, qui a dit incompatible?, une interview de Francis Chevillon

Francis CHEVILLON, pourquoi êtes-vous pour l’ours ? La question qui revient le plus souvent en ce moment c’est l’Ours. Que pensez-vous de l’ours? Pourquoi vous, berger, dîtes-vous que vous êtes pour l’ours ?
Francis CHEVILLON : « Réponse difficile, il y a plusieurs niveaux. Fondamentalement, profondément, en tant qu’être humain et pyrénéen je crois que nos montagnes ne seront plus les mêmes; qu’elles perdent un peu de leur magnificence à chaque fois qu’un ours meure. Il est mythe et symbole de notre pays, il en est partie intégrante depuis toujours. Plus concrètement, il est aussi la preuve que nos paysages restent naturels où une biodiversité est encore possible et pas simplement un semblant de nature fait pour et par l’homme.
De façon plus pragmatique: Il y est. Des personnes sur lesquelles moi, berger, n’ai aucun pouvoir ont décidé en 1994 de réintroduire trois animaux de Slovénie. Que faire sinon composer, tenter de s’adapter?
Il est vrai que « Monseigneur Martin », bien que n’étant pas carnivore se permet à l’occasion de croquer quelques brebis (une quarantaine/ours/an) et j’aime trop mes animaux pour les perdre de cette façon, alors?
La vraie question qui reste posée est: « A-t-on les moyens d’éviter ces attaques? De tendre vers une prédation minimum acceptable? Maintenant, après cinq ans d’expérience et plusieurs visites de « Moussu », je crois que oui. Si ‘on accepte de voir les choses en toute objectivité, au dessus de toutes passions et si tous les interlocuteurs acceptent – eux aussi – que le pastoralisme est un maillon essentiel de l’activité pyrénéenne et ne prônent pas le tout-nature-sauvage au détriment de nos activités quotidiennes d’éleveurs, de berger, de vacher.
Et puis, démocratie et honnêteté obligent, il faut bien tenir compte des dizaines de milliers de signatures qui ont affluées sur les sites des « défenseurs de l’ours » quand bien même elles seraient citadines. Je ne vois pas ce que les éleveurs gagneront à se marginaliser encore plus.
Reste à résoudre — et non à continuer de creuser! — le fossé qui existe entre la position des politiques, des écologistes, des éleveurs ou des pâtres. Faut-il que ceux qui « savent » décident encore et toujours seuls? L’ours dans cette affaire n’est-il pas le symbole, la « goutte qui fait déborder le vase » des multiples problèmes qui se posent aux éleveurs montagnards: désertification, chute régulière des cours, mondialisation, évolution productiviste de l’agriculture qui entraînent un mal vivre dans les vallées, perte de culture, de références, assistance, primes diverses générant un sentiment de frustration sinon de culpabilité.
Une solution ne serait-elle pas une table ronde, des assises entre les différents interlocuteurs sur le thème « quel avenir pour les Pyrénées? » ou « Quel type de ruralité souhaitons-nous mettre en place? »
Le monde agricole a souvent été caractérisé par son immobilisme, son refus de changement. En cela aussi l’ours dérange. Il est difficile d’admettre l’idée de devoir changer ses pratiques pastorales, et pourtant les pratiques ont déjà plusieurs fois changées. Que de différences entre les fruitières d’antan et la gestion actuelle où l’on trouve un pâtre pour 1000 à 2000 brebis, un vacher pour 100 à 300 vaches! N’y a-t-il pas là matière à réflexion, d’imaginer un partage de la montagne avant que celui-ci soit imposé de l’extérieur avec tous les inconvénients que cela induira automatiquement. Apprendre à partager son lieu; avant il y avait un seul utilisateur: l’éleveur-berger. Maintenant il y a l’éleveur propriétaire des animaux, le pâtre de plus en plus souvent simple salarié, le chasseur quelque fois citadin, les différentes formes de tourisme, les différentes catégories de « techniciens » aux conceptions plus ou moins floues concernant les pratiques environnementales de gestion de l’espace, les écologistes plus ou moins integristes etc…
En guise de conclusion provisoire quelques questions: Un vrai débat est-il possible? A-t-il jamais eu lieu? C’est (me semble-t-il) de concertation dont on manque le plus. J’espère que ces quelques lignes feront progresser la réflexion, que l’on arrivera un jour à réunir de façon positive les naturalistes, les pastoraux, les représentants de l’Etat, les politiques et que les rêves commenceront à s’ancrer dans une réalité acceptable pour tous. »
Dans un autre article d’Ariège-Pyrénées (site en ligne Ariège.com) intitulé Comment apprivoiser le berger ?, c’est avec l’humour qu’on lui connaît mais aussi avec une extrême justesse que Francis Chevillon s’attache à dresser un portrait du berger :
« Il y a beaucoup d’espèces plus ou moins en voie de disparition dans les montagnes. Aujourd’hui, je voudrais parler de celle que l’on appelle communément « pâtre » ou « berger. »
C’est une espèce étrange, généralement armée d’un bâton, d’un couvre-chef de formes plus ou moins diverses et d’un parapluie en bandoulière (quel que soit le temps d’ailleurs). Pratiquement, il est toujours accompagné d’un ou plusieurs chiens, souvent bruyants, mais pas toujours agressifs.
Ses moeurs sont quelquefois surprenantes: affable, ou bourru, sans qu’on ne comprenne toujours la cause. Nous avons à ce propos relevé quelques constantes intéressantes:
Plus le groupe de visiteurs sera important et voyant, plus il aura tendance à se cacher.
D’autre part, on peut noter qu’il est assez facile à apprivoiser avec du vin, du ricard ou de la viande rouge (la verroterie est à déconseiller), par contre, nous en avons rencontré un qui préférait le jus de fruit au vin, le riz complet et la salade au steack braisé (ces goûts bizarres correspondent, nous semble-t-il, à la longueur des cheveux du-dit berger, mais cela reste à vérifier!)
Après une étude psycho-sociologique poussée et de nombreuses expériences, nous avons déterminé un point qui semble fondamental et doit conditionner toutes nos attitudes. Il est persuadé, dans tous les cas–même si c’est à des degrés divers-, que la montagne lui appartient. Il s’agit donc, pour nous, d’en tenir compte. Par exemple, il appréciera toujours qu’on lui demande la permission d’établir un campement, ou de capter une source. Il s’avérera même dans certains cas de « bon conseil », notamment pour prévoir le temps (il semble jouir à ce propos d’un sens supplémentaire), ou pour nous aider dans un travail de prospection car, en général, il connait assez bien son secteur, quoiqu’il marque un dégout souvent prononcé pour tout ce qui peut ressembler à un trou ou à une grotte. A ce propos, il est toujours judicieux de lui faire remarquer qu’après nos explorations, nous reboucherons ou nous protégerons les trous que nous avons désobés. De même qu’il aime à ce que la place du campement soit nettoyée au moment du départ (plastiques, boîtes de conserves, etc…)
Une autre constante d’ordre psychologique que nous avons pu observer est le fait que « la modestie ne l’étouffe pas ». Il aura même tendance, dans certains cas, à pratiquer une attitude condescendante en ce qui nous concerne. Nous en avons même rencontré un qui se comparait à l’Aigle ou à l’Isard. Cela semble dû au fait qu’il se tient plus particulièrement sur les crêtes ou aux endroits escarpés pour surveiller son bétail.
Une méthode simple pour l’apprivoiser consiste à lui signaler les bêtes isolées que l’ont peut apercevoir, en prenant bien soin de lui signifier la marque ou « pégé » qu’elles ont sur le dos, ainsi que sa couleur ou sa localisation. (Le pégé est une marque à la peinture que les brebis ont, soit sur les épaules, le dos ou l’arrière-train; il est différent selon les propriétaires. Les vaches quant à elles n’ont qu’une étiquette (appelée « boucle ») à l’oreille, avec un numéro). Il convient de le renseigner de façon assez souple afin de lui laisser la possibilité de dire « qu’il le savait déjà ». Idem pour les bêtes mortes que l’on peut rencontrer.
A ce propos, il semble évident qu’il nous faut éviter à tout prix de laisser rôder nos chiens (il est même grandement préférable de ne pas en avoir) car il marque un obession notoire à ce sujet.
Pour que le contact soit facilité, il est nécessaire de connaître quelques termes dont il se sert le plus couramment, afin d’éviter d’être traité de « touriste »–ce qui sonne souvent comme une insulte dans sa bouche.

Francis Chevillon et son chien

Francis Chevillon et son chien

Les brebis ou femelles adultes. Elles sont la grosse majorité du troupeau et c’est le terme général qu’il emploie lorsqu’il veut parler d’un groupe, et non pas le vocable Mouton réservé aux mâles châtrés de plus d’un an. Les mâles entiers pour la reproduction étant les Béliers, souvent avec des cornes, encore que cela dépende des régions, de même que les brebis.
Il emploie le terme « mousquer » ou « coumer » pour parler de l’habitude qu’on les bêtes de se protéger du soleil pendant les heures chaudes du midi. C’est d’ailleurs une attitude qu’il partage aussi volontiers. Il parle de « faire la sieste » et il n’est jamais judicieux de venir le voir à ces heures là, même pour lui demander une boîte d’allumettes ou un ouvre-boîtes.
Une autre tactique d’apprivoisement que nous avons employée avec succès–surtout dans le cas de cabane isolée ou éloignée de la limite des bois–consiste à lui rendre visite avec un fagot de bois que l’on décharge ostensiblement devant la porte de son abri. Sa reconnaissance, même si elle n’est pas marquée, sera bien évidemment proportionnelle à la dimension du-dit fagot. Cette méthode est donc à déconseiller aux personnes déjà lourdement chargées ou fatiguées de naissance, mais peut provoquer une invitation à la veillée dans la mesure où l’on aime à entendre des histoires animalières ou de l’ancien temps. (Il convient d’éviter dans ce cas d’arriver trop nombreux, surtout si l’on ne fournit pas la boisson.)
Soulignons à ce propos qu’il est fermement déconseillé de pénétrer dans « sa » cabane en son absence, même si celle-ci (errare humanum est) est portée « refuge » sur notre carte.
Un autre sens (en plus de la prédiction du temps dont nous avons parlé plus haut) semble être plus développé que d’ordinaire, c’est la vue, qui’il complète d’ailleurs trés souvent par une paire de jumelles plus ou moins sophistiquées. A ce propos, il nous faudra admettre qu’il sera presque toujours au courant de tout ce qui touche nos allées et venues ou nos activités matinales. Il faut savoir en tenir compte.
En espérant que ces quelques remarques sans prétention puissent aplanir le fossé qui sépare presque deux civilisations, et qu’ensemble nous puissions jouir des montagnes qui nous entourent. »
Rappelons que Francis Chevillon est membre de l’Association des Pâtres de l’Ariège.

Frappé de plein fouet l’an dernier par une vraie tragédie,  la mort accidentelle de la stagiaire qui le remplaçait sur l’estive alors qu’il s’apprêtait à prendre sa retraite, Francis a fait l’objet d’un superbe film documentaire, très émouvant.
Ce film d’une durée de 52 minutes a été réalisé en 2013 par A. Jolibert, produit par les Films de l’Ouest, co-produit parTV8 Mont-Blanc et TLT, en partenariat avec la mairie de Toulouse et avec le soutien de la région Midi Pyrénées et la participation du CNC. Il  a été récemment diffusé sous le titre  Le Chant du cygne.
Un extrait de 4 mn du très beau reportage avec Francis Chevillon
http://vimeo.com/56326638
Pour en savoir plus sur la vie des bergers
Des  films documentaires
Les quatre saisons du berger, film documentaire de Jean-Paul Jaud, 82 minutes, Canal +, 1992
Jean-Paul Jaud et son équipe ont partagé la vie quotidienne des bergers des Hautes Pyrénées dans la vallée voisine du Haut-Louron pendant un an,  au rythme des saisons…

Le chant du cygne, film documentaire d’Aurélie Jolibert, 52 minutes , 2013, Les films de l’Ouest-TV_ Mt Blanc, TLT, Mairie de Toulouse, Région Midi Pyrénées
Francis est berger à Soulas depuis plus de trente ans. Cette année, il devait prendre sa retraite, et léguer sa montagne de toujours à Marion, venue le remplacer là-haut. Au mois de juillet, Marion meurt accidentellement. Francis doit remonter à l’estive pour finir la saison…
Un magnifique livre de photographies noir et blanc :
Past’oral, textes et photographies Olivier Cazes. Illustrations Régine Bedin.
http://loeilalafete.fr/pastoral/
Des  reportages :
Transhumance des Mérens en Ariège
Chaque été, Christine et Jean-Louis Savignol, éleveurs de Mérens dans le Volvestre ariégeois, s’élancent pour une folle équipée de 70 km jusqu’aux estives de l’étang de Lers. Dominique Chauvet, photographe à Pyrénées magazine a suivi la transhumance dans le Massatois …
http://www.pyreneesmagazine.com/galerie-photos/transhumance-ok
Pyrénées magazine, n°148, juillet-août 2013
Cédric Lacabrerie et Yan Brianti sont deux bergers pas comme les autres. Dans le vallon de Serris, tout près de Bagnères-de-Bigorre (65), ils ont créé « Vie d’estive », une ferme récréative ouverte aux visiteurs.
A écouter...
Un passionnant reportage radio de Jean-Joseph Peyronne pour Radio-Couserans qui montre assez combien la violence était présente sur les estives dès la première moitié du XIXe siècle ! (1847) sous le titre Rixe mortelle au Port d’Aula

RIXE MORTELLE Rixe mortelle au Port d’Aula juillet 1847
A voir
Des video amateur sur fond de chants polyphoniques à la gloire des bergers
http://www.youtube.com/watch?v=l5vNb4wx2Zw

http://www.youtube.com/watch?v=bAF866z_D_Q

… sans oublier les chansons éternelles

Jacques Brel, Les bergers
Jean Ferrat, Pourtant que la montagne est belle !

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