Chant du soir, Jules Palmade

coquelicotsChant du soir

Je n’oublierai jamais ce chant du soir
Qui faisait battre mon cœur
Frissonner les arbres étonnés
Et trembler, là haut, les étoiles.

Ce chant du soir semblait divin
Il venait du seigle blond voisin.
Ses trois notes vibrantes et mélancoliques,
Percutantes, obsédantes, métalliques,
Chant puissant et pressé,
Comme tout ce qui va finir,

Venait d’une seule caille, point sauvage,
Habitante discrète, elle aussi, du village.
Ces trois notes répétées, à satiété,
Semblaient la voix mystérieuse de la terre.
Allaient-elles faire lever le rideau léger de la nuit
Ou faire monter, celui, lointain de l’aurore ?

Chantait-elle, la caille messagère,
Les beaux épis, les joyeux cailleteaux,
Les longues heures de lumière
Ou le signal rituel des grands départs ?
« On s’en va, on s’en va, c’est fini, c’est fini »

Que c’est beau de chanter dans la nuit,
D’arrêter le pas des promeneurs rêveurs !
Eclatante victoire d’un petit cœur d’oiseau
Qui se rit des ténèbres, de la peur et de la mort.

Je n’oublierai jamais cet adieu passionné,
Qui dans cette nuit surnaturelle de l’été,
Faisait battre mon cœur
Frissonner les vies fragiles
Et trembler là-haut les étoiles.

Prière claire et consolante,
Battement à trois temps du cœur de la vie,
Dernier cri de gaieté, d’espoir et de regret,
Message aux belles destinées

Jules PALMADE

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